annuellement sensation avec un nouveau livre - généralement couronné d'un grand succès de librairie - dont l'action se situe au centre névralgique de la politique belge qu'est la rue de la Loi à Bruxelles. Il s'agit de récits relatant les épisodes d'une crise politique fraîchement dénouée, de pseudo-romans ayant pour toile de fond l'actualité politique ou un problème social tel que celui des gens du troisième âge comme Het ultieme transfer (Le transfert ultime, 1992), ou de la biographie d'un politique, comme ce livre consacré à Dehaene.
L'ancien Premier ministre Wilfried Martens, prédécesseur de Dehaene, avait déjà fait l'objet d'une telle biographie critique publiée en 1991. Lorsque De Ridder annonça à Dehaene qu'il se proposait de lui consacrer un livre, Dehaene fit promptement savoir à l'auteur que celui-ci devait faire ce qu'il croyait devoir faire, que luimême ne s'y opposerait aucunement mais qu'il n'y prêterait aucun concours non plus. C'était là une réaction très caractéristique de Dehaene qui, par ailleurs, n'a pas davantage assisté à la présentation de l'ouvrage. Et même aujourd'hui, il ne faut pas lui demander de commentaire sur ce livre, du moins pas en public. De Ridder a donc dû se contenter de ses riches archives personnelles, de ce que des tiers ont bien voulu lui confier sur le sujet de son nouveau livre et de ses commentaires personnels sur un certain nombre de questions. Le résultat intellectuel de cet exercice d'écriture vaut incontestablement la peine d'être lu: le livre permet, en effet, de faire plus ample connaissance avec un homme qui, depuis quelques décennies, sinon décide, du moins codécide des heurs et malheurs de la
Le 9 mars 1992: Wilfried Martens (a droite, o1936) passe le pouvoir à Jean-Luc Dehaene (à gauche, o1940).
Belgique, un être opiniâtre dont le style personnel, par ailleurs consciemment choisi, horripile certes beaucoup de ses compatriotes mais qui, finalement, ne laisse personne complètement indifférent, un homme dont l'action politique a en outre tellement imposé le respect même à des chefs de gouvernement et d'État étrangers qu'il a failli être nommé président de la Commission européenne.
De Ridder avait donc déjà consacré un livre analogue au compagnon de route politique de Dehaene qu'est Wilfried Martens. Celui-ci avait très consciemment prêté sa collaboration à la réalisation de ‘son’ livre, qui, assez curieusement devint une démythification plutôt pénible de l'homme Martens. Tel n'est certainement pas le cas du livre sur Dehaene. De Ridder reconnaît qu'après avoir réécouté les quatre-vingts heures d'anciennes interviews avec Dehaene et s'être longuement entretenu avec une soixantaine de personnes qui le connaissent vraiment bien, il a vu se profiler un Jean-Luc ‘différent’ et a dû apporter des retouches à l'image qu'il s'était faite de lui! C'est ce qui se passe dans le livre même. Après la lecture, même l'observateur le plus critique de la figure politique qu'est Dehaene